Les cinq ages de l'humanite : de l'age d'or a l'age de fer

Introduction

Le mythe des cinq ages de l'humanite est l'un des cadres les plus anciens et les plus influents de la pensee occidentale pour comprendre l'histoire humaine comme un recit de declin. Originellement articule par le poete grec Hesiode dans son poeme didactique Les Travaux et les Jours (vers 700 av. J.-C.), il decrit cinq races successives d'humanite creees par les dieux, chacune, a une exception notable pres, pire que la precedente, commencant par l'age d'or parfait sous le regne de Cronos et se terminant par l'epoque d'Hesiode lui-meme, l'age de fer, un age de labeur, d'injustice et de corruption morale.

Le mythe n'est pas principalement un recit. Il n'y a pas d'intrigue, pas de heros, pas de crise dramatique ni de resolution. C'est plutot un cadre cosmologique et moral : une explication de pourquoi le monde humain est tel qu'il est, pourquoi la souffrance et l'injustice existent, et ce que l'humanite aurait pu etre et pourrait encore devenir. Sa puissance emotionnelle vient du contraste entre ce qui fut (l'age d'or) et ce qui est (l'age de fer), et du chagrin et de la colere a peine contenus d'Hesiode envers le monde qu'il habite.

Le mythe des cinq ages se revela extraordinairement influent. Ovide l'adapta dans ses Metamorphoses, Platon s'y engagea philosophiquement, et le concept d'un age d'or perdu devint l'une des structures les plus profondes de l'imagination culturelle occidentale, informant tout, de la poesie romaine a l'utopisme de la Renaissance en passant par la nostalgie moderne pour un passe plus simple.

L'age d'or

La premiere race de mortels fut creee par les dieux olympiens au temps ou Cronos regnait sur l'univers, avant que Zeus ne le renverse et que l'ordre olympien ne soit etabli. Cette premiere race etait faite d'or, et leur age merite son nom en tous sens.

La vie a l'age d'or

La race d'or vivait comme des dieux, libre de soucis, libre de labeur, libre de maladie. La terre donnait ses fruits librement et abondamment sans etre cultivee : le grain, les fruits, le miel coulant des chenes, les ruisseaux de lait. Il n'y avait pas d'agriculture, pas de travail, pas de besoin. Les saisons etaient toujours douces ; il n'y avait pas d'hiver rigoureux. La mort, quand elle venait, venait comme le sommeil, sans douleur, doucement, comme si les gens d'or avaient simplement choisi de s'arreter.

Plus significativement, la race d'or vivait dans un etat de justice et de paix parfaites. Il n'y avait pas de guerres, pas de tribunaux, pas de rois, nul besoin de tout cela, car personne ne violait les droits d'autrui. Dike (la Justice) et Aidos (la Pudeur ou Reverence) etaient presentes parmi eux, rendant la conduite juste non pas un effort mais une maniere naturelle d'etre. Les dieux marchaient librement parmi les humains ; la frontiere entre le divin et l'humain etait poreuse d'une maniere qu'elle ne serait plus jamais.

Leur vie apres la mort

Quand la race d'or quitta la terre, elle n'alla pas chez Hades comme les mortels ordinaires. Par la volonte de Zeus, ils devinrent des daimones, des etres spirituels bienveillants qui demeurent sur la terre, invisibles, veillant sur les mortels, gardant la justice et dispensant la richesse. Hesiode les regarde avec reverence : ils sont encore presents, ces bons esprits du premier age, oeuvrant discretement pour maintenir quelque vestige de l'ordre originel dans le monde.

L'age d'argent

La deuxieme race etait faite d'argent, moindre que l'or en tous points, un pas en dessous du premier age parfait. Les dieux olympiens firent cette race, mais elle portait les marques d'un acte createur moins genereux.

La vie a l'age d'argent

La race d'argent se caracterisait avant tout par une enfance prolongee et impuissante : les enfants passaient cent ans a etre nourris par leurs meres, incapables de murir. Une fois qu'ils atteignaient enfin l'age adulte, leurs vies etaient breves et pleines de chagrin. Ils etaient sots, incapables de controler leurs pulsions, et arrogants les uns envers les autres.

Crucialement, la race d'argent echoua dans ses obligations religieuses : elle ne voulait pas adorer les dieux, ne voulait pas faire les offrandes et les sacrifices qui maintenaient la relation appropriee entre mortels et Olympiens. Ce manquement a la piete etait leur peche definitoire. Hesiode est explicite : ils n'honorerent pas les dieux immortels, et cela etait intolerable.

Leur destin

Zeus fut enrage par l'impiete de la race d'argent et les cacha sous terre. Ils devinrent les bienheureux mortels du monde souterrain, un second ordre de morts honores, inferieur aux daimones de la race d'or mais recevant tout de meme un certain degre d'honneur. La structure est significative : meme une race imparfaite et impie recoit une forme de dignite dans l'au-dela dans le schema d'Hesiode, qui est moins punitif qu'il ne pourrait le sembler.

L'age de bronze et l'age des heros

Les troisieme et quatrieme ages forment une paire interessante, l'un representant le point le plus bas de l'humanite non heroique, l'autre une interruption du schema de declin qu'Hesiode insere pour accommoder sa tradition heroique.

L'age de bronze

La troisieme race etait faite de bronze et etait terrible : dure, puissante, violente, interessee uniquement par la guerre et la destruction. Ils ne mangeaient pas de grain ; ils etaient entierement en dehors de l'ordre agricole qui represente la vie humaine civilisee pour Hesiode. Leurs armures, leurs maisons, leurs outils, tout etait de bronze. Ils n'avaient pas encore de fer, mais ils etaient suffisamment sauvages sans lui.

La race de bronze se detruisit elle-meme. Ils moururent de leurs propres mains, leur violence se retourna vers l'interieur et les consomma jusqu'a ce qu'il n'en reste plus. Ils allerent dans la froide demeure d'Hades sans honneur particulier, anonymes et oublies. Il n'y a pas de bienheureux du monde souterrain ici : la race de bronze cessa simplement d'exister.

L'age des heros

Ici Hesiode fait un mouvement structurel remarquable qui distingue son recit d'un simple declin lineaire. Le quatrieme age est l'age des heros, et il est explicitement decrit comme meilleur et plus juste que l'age de bronze, rompant le schema de deterioration continue.

Cette interruption est necessaire parce qu'Hesiode ecrit dans la tradition de la poesie epique grecque, qui celebre des heros comme Achille, Ulysse et Heracles. Pour les integrer dans le schema des ages declinants, il insere l'age heroique comme une sorte de correction ascendante, une breve floraison d'excellence avant le declin final et permanent dans l'age de fer.

Les heros etaient une race semblable aux dieux, plus puissante et plus noble que leurs predecesseurs de bronze. Ils combattirent a Thebes et a Troie, les grandes guerres de la tradition mythologique. Beaucoup moururent dans ces guerres, mais ils n'allerent pas dans l'Hades ordinaire. Les plus justes furent transportes aux Iles des Bienheureux aux confins de la terre, ou ils vivent au paradis, la terre nourriciere portant des fruits trois fois l'an, entoures de beaute et de paix, un echo de l'age d'or, preserve dans un coin du monde pour les plus grands de la deuxieme meilleure generation de l'humanite.

L'age de fer

Le cinquieme age est celui qu'Hesiode lui-meme habite, et il le decrit avec une angoisse a peine contenue : "Puisse-je ne pas etre parmi la cinquieme race des hommes, mais etre mort avant ou etre ne apres." C'est l'age de fer, le pire de tous, et, dans le cadre du mythe, le present permanent.

La vie a l'age de fer

La race de fer, l'humanite telle qu'Hesiode la connait, est definie par le labeur, la souffrance et surtout la corruption morale. Les dieux ont impose le travail comme condition de la vie : la terre ne donne pas ses fruits librement ; ils doivent lui etre arraches par un dur labeur, annee apres annee. La maladie a ete dispersee dans le monde (liee dans la mythologie d'Hesiode a l'histoire de Pandore). La mort n'est pas un doux sommeil mais violente, prematuree, indifferente.

Mais pire que les epreuves physiques est la condition morale. A l'age de fer, la justice est pervertie ; les puissants oppriment les faibles ; les serments sont rompus ; la relation hote-invite (xenia), sacree depuis l'age d'or, est violee. Parents et enfants, freres et soeurs, amis, tous se traitent avec hostilite. Les jeunes n'honorent pas les vieux. Les cites sont dechirees par les factions et la guerre.

La fuite de Dike et d'Aidos

L'image la plus vivante d'Hesiode de la deterioration de l'age de fer est le depart de Dike (la Justice) et d'Aidos (la Pudeur/Reverence) de la terre. Ces deux figures, qualites divines personnifiees qui avaient vecu parmi les humains a l'age d'or et persiste sous une forme diminuee a travers les ages suivants, finiront par partir. Elles s'envelopperont de robes blanches, s'envoleront vers l'Olympe et abandonneront entierement l'humanite. Quand elles partiront, rien ne restreindra la mechancete humaine. C'est le point final qu'Hesiode envisage : un monde dans lequel les derniers liens avec l'ordre divin ont ete rompus.

L'avertissement

Hesiode ne presente pas cela comme inevitable ou deja accompli. Il avertit, il ne se contente pas de decrire. Le poeme entier Les Travaux et les Jours est adresse a son frere Perses, qu'Hesiode accuse de corruption et de paresse, et a travers Perses a toute l'humanite. Le mythe des cinq ages est un appel a la justice, a la piete et au travail honnete, car ce sont ces valeurs qui empechent l'age de fer de devenir l'age apres lequel la Justice et la Pudeur auraient fui pour toujours.

Themes et dimensions philosophiques

Le mythe des cinq ages est philosophiquement riche et a suscite un engagement intellectuel serieux depuis l'Antiquite.

Declin contre progres

Le mythe d'Hesiode est l'une des expressions les plus anciennes de ce que les chercheurs appellent le modele de degeneration de l'histoire, la vision selon laquelle l'humanite a commence dans un etat de perfection et n'a cesse de decliner depuis. Cela contraste avec l'hypothese par defaut de l'Occident moderne du progres, selon laquelle l'histoire humaine avance vers l'amelioration. Les Grecs n'etaient pas unanimes sur cette question : certains penseurs (dont Protagoras et les sophistes) articulaient quelque chose de plus proche d'un modele de progres. Mais la vision hesiodique du declin fut enormement influente et n'a jamais entierement perdu son emprise sur l'imagination occidentale.

Le sens du travail

Un theme central des Travaux et les Jours d'Hesiode est la dignite et la necessite du travail honnete. A l'age d'or, le travail n'etait pas necessaire ; a l'age de fer, il est incontournable. Mais Hesiode ne presente pas cela comme purement punitif : il soutient que le travail est aussi bon, qu'un homme qui travaille honnetement et justement vit mieux qu'un qui cherche des raccourcis par la fraude ou la violence. Le mythe des cinq ages encadre le reste des conseils agricoles pratiques du poeme : nous travaillons parce que nous devons, mais comment nous travaillons revele notre caractere.

La justice comme vertu distinctement humaine

Hesiode argumente explicitement que la justice est ce qui distingue les humains des animaux. Zeus donna la Dike aux humains seuls : les poissons, les oiseaux et les betes s'entre-tuent et se devorent, mais les humains recurent la loi et la justice. La tragedie de l'age de fer est que les humains abandonnent leur caracteristique definitoire, devenant plus semblables aux betes qu'a la race d'or ou aux dieux. Le mythe est une meditation sur la finalite de l'humanite.

Nostalgie et utopie

L'age d'or devint l'une des idees les plus generatives de la culture occidentale, un modele pour imaginer a quoi pourrait ressembler une societe humaine parfaite. Il alimenta la vision de Virgile d'un age d'or augusteen, les idees de la Renaissance d'un paradis naturel, les concepts des Lumieres du bon sauvage et les ideaux environnementaux et communautaires modernes. Le contenu specifique de l'age d'or, l'abondance sans travail, la paix sans loi, le divin accessible, s'est revele infiniment adaptable a de nouveaux contextes et de nouvelles formes de nostalgie.

Sources antiques

Le mythe des cinq ages est principalement une creation hesiodique, mais il fut largement discute et adapte dans l'Antiquite.

Les Travaux et les Jours d'Hesiode

Le texte fondamental est les Travaux et les Jours d'Hesiode (vers 700 av. J.-C.), un poeme didactique adresse a son frere Perses. Le mythe des cinq ages occupe une position structurelle centrale dans le poeme, fournissant le contexte cosmologique pour l'instruction pratique et morale d'Hesiode. La version d'Hesiode est inhabituelle pour l'insertion de l'age des heros entre le bronze et le fer, rompant le schema purement metallique, une interruption que toutes les versions ulterieures devraient aborder ou adopter.

L'engagement de Platon

Platon etait profondement interesse par la tradition des cinq ages. Dans le Politique (Politicus), il utilise le mythe de l'age de Cronos, l'age d'or, comme une experience de pensee philosophique sur ce que serait la vie humaine sous une gouvernance divine directe par rapport a l'age actuel d'auto-gouvernance. Dans la Republique, son recit du "mythe des metaux", attribuant aux citoyens differentes natures metalliques (or, argent, bronze, fer) pour expliquer la structure de classes de la cite ideale, puise directement dans le cadre d'Hesiode et l'applique a la philosophie politique.

Les Metamorphoses d'Ovide

Ovide adapte le mythe dans le Livre 1 des Metamorphoses, le simplifiant a quatre ages (omettant l'age des heros comme non pertinent pour ses propos) et donnant a chaque age une description vivante et specifique. La version d'Ovide est plus purement litteraire que celle d'Hesiode : elle manque de l'urgence morale et du contexte agricole, mais c'est la version la plus largement lue aux periodes medievale et de la Renaissance, et donc le canal principal par lequel le mythe atteignit la culture europeenne ulterieure.

Aratos et la Vierge stellaire

Le poete Aratos, dans son poeme astronomique Phenomenes (IIIe siecle av. J.-C.), presente une version de la tradition des ages de l'humanite en lien avec la constellation de la Vierge, qu'il identifie comme la vierge stellaire Dike (la Justice), la figure qui abandonna finalement la terre a l'age de fer et devint une constellation. Cette version astronomique relie le mythe au ciel visible et fournit une autre voie pour sa transmission aux lecteurs posterieurs.

Heritage et impact culturel

Le mythe des cinq ages de l'humanite est l'une des idees les plus generatives de l'histoire occidentale, faconnant la litterature, la philosophie, la politique et l'art sur trois millenaires.

L'idee de l'age d'or

L'age d'or devint un element permanent de l'imagination culturelle occidentale, un paradis perdu qui hante toute l'histoire subsequente. La quatrieme Eglogue de Virgile, ecrite vers 40 av. J.-C., predit fameusement le retour de l'age d'or sous Auguste, reliant le mythe a l'ideologie imperiale romaine. L'expression "age d'or" passa dans toutes les langues europeennes comme un moyen de decrire toute ere de paix, de creativite ou de prosperite exceptionnelles. Les usages modernes, "l'age d'or d'Hollywood", "l'age d'or de la radio", descendent tous de l'original d'Hesiode.

Applications politiques

Le mythe a ete utilise pour legitimer l'autorite politique (des dirigeants pretendant inaugurer un nouvel age d'or), pour critiquer les societes existantes comme etant tombees d'un etat originel de justice, et pour inspirer des projets utopiques visant a recuperer ce qui a ete perdu. L'engagement de Platon avec le mythe dans la Republique et le Politique l'etablit comme une ressource politico-philosophique serieuse. Des penseurs posterieurs, de Rousseau a Marx, s'engagerent avec la question sous-jacente : existait-il un etat originel d'egalite et d'abondance humaines, et si oui, comment fut-il perdu et peut-il etre retrouve ?

Le concept de declin historique

Le modele de degeneration d'Hesiode, l'idee que l'histoire va du meilleur au pire, que les meilleurs jours du monde sont dans le passe, a ete un contre-recit persistant au progressisme moderne. Il resurgit dans les contextes religieux (la Chute de l'Eden dans la tradition judeo-chretienne est structurellement similaire a la Chute de l'age d'or), dans la theorie sociale conservatrice, dans les mouvements environnementaux pleurant la perte d'un monde preindustriel, et dans d'innombrables expressions litteraires de nostalgie.

L'influence d'Ovide

La version a quatre ages d'Ovide (sans l'age des heros) fut la plus largement lue dans l'Europe medievale et de la Renaissance, quand Hesiode n'etait pas facilement accessible dans l'Occident lecteur de latin. Dante, Chaucer, Milton, Spenser, tous s'engagent avec la tradition ovidienne des ages de l'humanite. Le Comme il vous plaira de Shakespeare contient un celebre discours sur les ages de l'homme (bien que ses sept ages soient biologiques humains plutot que cosmologiques). L'adaptabilite de l'idee l'a maintenue vivante a travers des contextes culturels radicalement differents.

FAQ

Questions fréquemment posées

Quels sont les cinq ages de l'humanite dans la mythologie grecque ?
Les cinq ages de l'humanite selon Hesiode sont : l'age d'or, un paradis de paix et d'abondance sous Cronos ou les humains vivaient comme des dieux ; l'age d'argent, marque par une enfance prolongee et l'impiete ; l'age de bronze, un age sauvage de guerre et de violence ; l'age des heros, une interruption notable du declin ou vivaient les grands heros du mythe (Achille, Heracles, Ulysse) et qui furent recompenses par les Iles des Bienheureux ; et l'age de fer, l'age d'Hesiode lui-meme et le pire de tous, caracterise par le labeur, l'injustice et la corruption morale.
Qui a ecrit sur les cinq ages de l'humanite ?
Le recit fondateur est celui d'Hesiode, dans son poeme Les Travaux et les Jours (vers 700 av. J.-C.). Hesiode est le poete qui donna au mythe sa structure canonique en cinq parties, y compris l'insertion inhabituelle de l'age des heros entre les ages de bronze et de fer. Ovide adapta plus tard le mythe dans le Livre 1 de ses Metamorphoses, le simplifiant a quatre ages en supprimant l'age des heros. Platon s'y engagea philosophiquement dans son Politique et sa Republique, et des auteurs posterieurs de Virgile a Shakespeare puiserent dans la tradition.
Pourquoi Hesiode a-t-il insere l'age des heros dans la sequence declinante ?
La sequence metallique declinante (or, argent, bronze, fer) n'accommode pas naturellement un age heroique. Hesiode l'insera parce qu'il ecrivait dans une tradition qui honorait les heros de la poesie epique (Achille, Heracles, Ulysse) et avait besoin de leur trouver une place dans son schema cosmologique. L'age des heros est explicitement decrit comme meilleur et plus juste que l'age de bronze, rompant le schema de declin continu. Cette interruption reflete la tension entre le cadre philosophique d'Hesiode (le declin) et sa tradition poetique (la celebration de la grandeur heroique).
Que se passe-t-il a la fin de l'age de fer ?
Hesiode ne decrit pas de fin a l'age de fer. Il se place en son sein et avertit qu'il empirera encore. Le signe terminal qu'il decrit est le depart de Dike (la Justice) et d'Aidos (la Pudeur/Reverence) de la terre : quand ces dernieres qualites divines abandonneront entierement l'humanite, rien ne restreindra la mechancete humaine. Le mythe se termine non par une resolution cosmique mais par un imperatif moral : les humains de l'age de fer doivent choisir la justice et la piete maintenant, tant que la Justice n'a pas encore fui, ou ils hateront la deterioration finale.
Quel est le lien entre l'age d'or et le Jardin d'Eden ?
L'age d'or grec et le Jardin d'Eden biblique sont structurellement paralleles mais pas directement lies. Ce sont des expressions independantes d'une intuition humaine commune sur un paradis perdu. Tous deux decrivent un etat originel d'abondance, d'harmonie et de relation directe entre le divin et l'humain, perdu a cause d'une defaillance humaine (l'orgueil, l'impiete, la violation de limites). Tous deux ont profondement faconne le sentiment de la culture occidentale d'un monde dechu qui a besoin de redemption ou de restauration. Quand le christianisme devint dominant en Europe, les deux traditions fusionnerent dans l'imagination culturelle, renforcant le sens d'un monde dechu.

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