Les Jeux olympiques antiques : sport, religion et gloire

Introduction

Les Jeux olympiques antiques etaient le festival athletique et religieux le plus prestigieux du monde grec, une celebration quadriennale tenue a Olympie dans le Peloponnese occidental en l'honneur de Zeus, roi des dieux. Pendant plus de mille ans, du VIIIe siecle av. J.-C. au moins jusqu'a leur suppression par l'empereur romain chretien Theodose Ier en 393 apr. J.-C., les Jeux olympiques attirerent des athletes et des spectateurs de tout le monde hellenophone.

Les Jeux etaient bien plus qu'une manifestation sportive. Ils etaient un acte de culte, une declaration d'identite panhellenique et une vitrine de l'excellence individuelle (arete). Remporter une couronne olympique, une simple couronne d'olivier sauvage, etait le plus grand honneur qu'un athlete grec pouvait obtenir, un honneur qui apportait la gloire non seulement a l'individu mais a sa cite-Etat, sa famille et ses ancetres.

Origines et mythologie

Les Grecs anciens proposaient diverses explications mythologiques pour l'origine des Jeux olympiques. La tradition la plus repandue attribuait la fondation des Jeux a Heracles, le grand heros et fils de Zeus, qui les aurait institues a Olympie en l'honneur de son pere apres avoir accompli ses Douze Travaux. Selon ce recit, Heracles mesura le stade avec ses propres pieds et planta l'olivier sauvage sacre dont les couronnes de victoire etaient coupees.

D'autres traditions attribuaient la fondation a Pelops, le roi legendaire du Peloponnese (qui tire son nom de lui), qui conquit son royaume et son epouse Hippodamie dans une celebre course de chars contre le pere de celle-ci, Oenomaus. Le sanctuaire d'Olympie contenait un sanctuaire dedie a Pelops (Pelopion) qui comptait parmi ses elements les plus anciens et les plus sacres.

Le dossier historique est plus obscur. La date de fondation traditionnelle de 776 av. J.-C., lorsque le coureur Coroebus d'Elis aurait remporte la premiere course a pied, fut etablie par les chronographes antiques et constitue probablement une approximation. Les preuves d'activite cultuelle a Olympie remontent au Xe siecle av. J.-C. ou plus tot. Les Jeux se developperent probablement progressivement, passant de ceremonies religieuses locales a l'institution panhellenique qu'ils devinrent.

Le site sacre : Olympie

Olympie n'etait pas une ville mais un sanctuaire sacre (temenos) dedie a Zeus, situe dans la fertile vallee du fleuve Alphee. En son coeur se trouvait l'Altis, le bois sacre ou s'elevaient les principaux temples et autels, dont le grand Temple de Zeus (Ve siecle av. J.-C.), qui abritait la colossale statue chryselephantine (or et ivoire) de Zeus par le sculpteur Phidias, comptee parmi les Sept Merveilles du monde antique.

Le sanctuaire comprenait egalement le Temple d'Hera (l'un des plus anciens temples doriques de Grece), le Pelopion, des tresors construits par diverses cites-Etats pour afficher leur richesse et leur piete, et le Prytanee, ou brulait la flamme olympique eternelle. En dehors de l'Altis se trouvaient les installations athletiques : le stade (pouvant accueillir 40 000 a 45 000 spectateurs), l'hippodrome pour les courses de chars, et le gymnase et la palestre pour l'entrainement.

L'emplacement isole d'Olympie en Elide etait un avantage : elle se situait a l'ecart des grandes puissances grecques, sous le controle des Eleens, qui servaient d'administrateurs et d'arbitres des Jeux. Cette neutralite aida Olympie a conserver son caractere panhellenique.

La treve olympique

L'une des institutions les plus remarquables associees aux Jeux olympiques etait l'ekecheiria, la treve olympique. Avant chaque festival, des herauts sacres (spondophoroi) parcouraient le monde grec pour annoncer les Jeux et proclamer une treve. Pendant la duree de la periode de treve (initialement un mois, plus tard etendue a trois), les hostilites etaient theoriquement suspendues, les athletes et spectateurs pouvaient voyager en securite vers et depuis Olympie, et le sanctuaire lui-meme etait inviolable.

En pratique, la treve n'etait pas toujours respectee. Les Spartiates furent amendes pour l'avoir violee a au moins une occasion, et la guerre du Peloponnese perturba cette pratique. Mais l'ideal de l'ekecheiria etait puissant : il incarnait la croyance que la competition athletique en l'honneur des dieux pouvait transcender les guerres incessantes des cites-Etats grecques et creer un moment d'identite partagee.

La treve n'etait pas un cessez-le-feu complet mais une garantie de sauf-conduit. Son invocation a l'epoque moderne, l'idee d'une "paix olympique", est l'une des manieres dont les Jeux antiques ont faconne les valeurs contemporaines.

Les epreuves

Le programme olympique evolua au fil des siecles. La plus ancienne competition etait une course a pied unique, le stadion, d'environ 192 metres (la longueur du stade), qui demeura l'epreuve la plus prestigieuse tout au long de l'Antiquite. Le programme s'elargit progressivement pour inclure :

Epreuves de course : Le diaulos (double stadion), le dolichos (course de fond d'environ 4 800 metres) et l'hoplitodromos (course en armure).

Sports de combat : La lutte (pale), le pugilat (pygmachia) et le pancrace, une epreuve brutale de combat total combinant lutte et frappe, avec presque aucune regle sauf l'interdiction de crever les yeux ou de mordre.

Le pentathlon : Cinq epreuves, course, saut (saut en longueur), disque, javelot et lutte, testant les capacites athletiques globales. La victoire exigeait l'excellence dans toutes les disciplines.

Epreuves equestres : La course de chars a quatre chevaux (tethrippon) et la course de chevaux (keles) etaient les competitions les plus prestigieuses et les plus couteuses. La victoire dans ces epreuves revenait au proprietaire du cheval ou de l'attelage, et non au cavalier, ce qui signifie que de riches aristocrates et plus tard des souverains macedoniens et romains pouvaient remporter la gloire olympique par le mecenat.

Tous les competiteurs etaient des hommes grecs nes libres. Les athletes concouraient nus, une pratique qui distinguait l'athletisme grec de celui des cultures voisines et etait associee aux ideaux de beaute masculine et d'excellence physique.

Religion et rituel

Les Jeux olympiques etaient inseparables de la pratique religieuse. Le festival s'ouvrait par une grande procession vers l'Altis et un grand sacrifice a Zeus a son autel, un monticule massif de cendres accumule au fil des siecles a partir des os et des cendres de boeufs sacrifies. L'autel aurait mesure 6 a 7 metres de haut et etait le lieu le plus sacre du sanctuaire.

Les athletes pretaient serment a Zeus avant de concourir, s'engageant a avoir suivi l'entrainement requis, a etre eligibles pour concourir et a respecter les regles. Ce serment etait prete au Bouleuterion, devant une statue de bronze redoutable de Zeus Gardien des Serments (Zeus Horkios), flanquee de foudres.

La victoire elle-meme etait un acte religieux. Les vainqueurs etaient couronnes au Temple de Zeus avec le kotinos, une couronne d'olivier sauvage coupee de l'arbre sacre situe derriere le temple. Ils faisaient des offrandes et des prieres d'action de grace a Zeus. De retour chez eux, un athlete victorieux pouvait etre accueilli par des processions, des odes commandees a des poetes comme Pindare, et des honneurs civiques tels que des repas gratuits aux frais de la cite a vie.

Olympiens celebres

Les Jeux olympiques antiques produisirent de nombreux athletes legendaires. Milon de Crotone remporta six titres olympiques de lutte sur environ 24 ans (540-516 av. J.-C.), devenant l'athlete le plus celebre de l'Antiquite. Ses exploits de force (il aurait porte un taureau sur ses epaules) devinrent legendaires.

Leonidas de Rhodes remporta 12 victoires olympiques en course a travers quatre editions des Jeux (164-152 av. J.-C.), un record qui tint jusqu'au XXIe siecle apr. J.-C. Diagoras de Rhodes fut celebre par Pindare comme le plus grand boxeur de son epoque. Les multiples victoires olympiques de sa famille furent considerees comme un signe de faveur divine.

Des figures politiques chercherent aussi la gloire olympique. Alcibiade, le controversé homme d'Etat athenien, engagea celebrement sept chars aux Jeux de 416 av. J.-C. et remporta les premiere, deuxieme et quatrieme places. Philippe II de Macedoine et son fils Alexandre le Grand furent tous deux profondement investis dans les Jeux olympiques comme affirmation de l'identite hellenique de la Macedoine.

Declin et heritage moderne

Les Jeux olympiques se poursuivirent sous la domination romaine, bien que leur caractere changeat. Des empereurs romains, dont Neron, qui s'inscrivit notoirement aux Jeux de 67 apr. J.-C. et fut declare vainqueur de chaque epreuve a laquelle il participa, y compris une course de chars qu'il ne termina pas, y participerent comme mecenes et competiteurs. Les Jeux perdirent une grande partie de leur caractere exclusivement grec a mesure que la citoyennete romaine se repandait et que la distinction entre Grecs et barbares s'estompait.

L'empereur Theodose Ier interdit les festivals paiens dans tout l'Empire romain en 393 apr. J.-C., mettant fin aux Jeux olympiques antiques apres peut-etre mille ans de celebration continue. Theodose II ordonna la destruction des temples d'Olympie en 426 apr. J.-C. Les tremblements de terre et les inondations ensevelirent le site au cours des siecles suivants. Il ne fut redecouvert qu'au XVIIIe siecle.

Le baron francais Pierre de Coubertin fit revivre l'idee olympique en 1896, fondant les Jeux olympiques modernes a Athenes en reference explicite a la tradition antique. Aujourd'hui, les Jeux olympiques modernes sont le plus grand evenement sportif mondial, et nombre de leurs elements symboliques, le relais de la flamme (introduit en 1936), la tradition de la treve, l'accent sur l'amateurisme et l'esprit sportif, s'inspirent, parfois librement, de precedents antiques.

Questions fréquemment posées

Quand les Jeux olympiques antiques avaient-ils lieu ?
Les Jeux olympiques antiques avaient lieu tous les quatre ans (le cycle de quatre ans etait appele une Olympiade) a Olympie dans le Peloponnese occidental. La date de fondation traditionnelle est 776 av. J.-C. Les Jeux furent celebres de maniere continue pendant plus de mille ans jusqu'a leur interdiction par l'empereur romain Theodose Ier en 393 apr. J.-C.
Qui pouvait concourir aux Jeux olympiques antiques ?
Les competiteurs devaient etre des hommes grecs nes libres. Les esclaves, les femmes et les non-Grecs (barbares) etaient generalement exclus de la competition. Les femmes etaient interdites d'assister aux Jeux en tant que spectatrices, bien qu'elles eussent leur propre festival separe, les Heraia, celebres a Olympie en l'honneur d'Hera.
Que recevaient les vainqueurs olympiques ?
Les vainqueurs olympiques recevaient une couronne (kotinos) de branches d'olivier sauvage coupees de l'arbre sacre d'Olympie. Ce prix apparemment simple portait un prestige enorme. De retour chez eux, les vainqueurs etaient celebres par de la poesie (comme les odes de Pindare), des statues, des honneurs civiques et parfois des recompenses financieres de leurs cites-Etats.
Quelles sont les differences entre les Jeux antiques et modernes ?
Les Jeux olympiques antiques etaient un festival religieux en l'honneur de Zeus, reserve aux hommes grecs concourant nus. Les Jeux olympiques modernes, retablis en 1896 par Pierre de Coubertin, sont laics, ouverts aux athletes de toute nationalite et de tout genre, et se tiennent dans differentes villes hotes plutot que sur un site sacre fixe. Les Jeux modernes s'inspirent du symbolisme antique mais different fondamentalement par leur nature.
Pourquoi les Jeux olympiques se tenaient-ils a Olympie ?
Olympie etait un sanctuaire sacre dedie a Zeus, et les Jeux se developperent a partir de ceremonies religieuses en son honneur. La neutralite du site, controle par le petit Etat d'Elide plutot que par une grande puissance, l'aida a servir de lieu de rencontre panhellenique accessible aux athletes et visiteurs de toutes les cites-Etats grecques.

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