Temples grecs : architecture, religion et espace sacre

Introduction

Le temple grec antique est l'une des formes architecturales les plus influentes de l'histoire humaine. De la perfection de marbre du Parthenon sur l'Acropole d'Athenes au colossal Temple de Zeus a Olympie, du sanctuaire d'Apollon a Delphes au Temple d'Hephaistos surplombant l'agora athenienne, les temples grecs ont defini le langage visuel de l'architecture sacree pour le monde occidental et continuent d'influencer la conception des batiments gouvernementaux, des musees, des banques et des eglises deux millenaires et demi apres la construction des derniers grands temples.

Comprendre les temples grecs signifie les comprendre comme les Grecs anciens les concevaient : non pas comme des lieux de culte congregationnel (les Grecs ne se rassemblaient pas a l'interieur de leurs temples pour prier comme les chretiens le font dans les eglises) mais comme des maisons des dieux, des demeures ou une presence divine residait et pouvait etre approchee, honoree et consultee par des rituels accomplis en grande partie en plein air devant les portes du temple.

Qu'etait-ce qu'un temple grec ?

Le mot grec pour temple est naos (ou hieron pour l'enceinte sacree au sens large). La fonction premiere du temple etait d'abriter une statue de culte du dieu, une image physique consideree comme la demeure terrestre de la divinite. La statue etait entretenue comme un resident divin : baignee, vetue, nourrie d'offrandes et d'encens, et consultee pour des reponses oraculaires aux moments opportuns.

L'activite religieuse se deroulait a l'exterieur du temple, devant son entree orientale. L'autel, toujours oriente vers l'est face au soleil levant, etait le lieu du sacrifice, de la priere et de la libation rituelle. Les fideles se rassemblaient a l'autel ; le temple derriere eux etait la demeure du dieu, non la salle de reunion de la congregation. La distinction est fondamentale : le temple grec etait une residence sacree, non un lieu de rassemblement.

Les temples servaient egalement de tresors. La richesse d'une cite-Etat, les offrandes precieuses, les tributs entreposes, les objets sacres, tout etait conserve dans le temple sous protection divine. Le Parthenon fonctionnait en partie comme le tresor d'Athenes, et les offrandes elaborees a l'interieur des grands temples pouvaient etre d'une valeur extraordinaire. Cette double fonction, demeure divine et tresor communautaire, faisait des temples des cibles de vol et de pillage tout au long de l'Antiquite.

Les trois ordres : dorique, ionique et corinthien

L'architecture des temples grecs se definit par trois ordres distincts, des systemes stylistiques regissant les proportions, les details et le caractere de l'architecture a colonnes. Chaque ordre possede son propre design de colonne, son chapiteau (le sommet de la colonne) et son entablement (la structure horizontale au-dessus des colonnes).

L'ordre dorique est le plus ancien et le plus austere. Les colonnes doriques sont trapues, sans cannelures ou avec des cannelures peu profondes, couronnees de chapiteaux circulaires simples. L'ordre dorique exprime la force, l'austerite et la puissance ; il dominait en Grece continentale et dans les colonies occidentales. Le Parthenon est construit dans l'ordre dorique, avec des proportions remarquablement raffinees. Le Temple d'Hephaistos a Athenes (v. 450 av. J.-C.), le temple grec le mieux conserve, est egalement dorique.

L'ordre ionique est ne en Grece orientale et en Ionie (l'ouest de l'Asie Mineure). Les colonnes ioniques sont plus hautes et plus elancees que les doriques, avec des chapiteaux en forme de volutes et une base elaboree. L'ordre ionique exprime l'elegance et le raffinement ; il etait associe a la culture plus cosmopolite de l'est grec. L'Erechtheion sur l'Acropole d'Athenes (v. 421-406 av. J.-C.) en est un exemple celebre, egalement renomme pour son Porche des Caryatides, un portique soutenu par six figures feminines sculptees a la place de colonnes.

L'ordre corinthien est le plus elabore, caracterise par des chapiteaux ornes de feuilles d'acanthe disposees dans un arrangement en corbeille. Developpe au Ve siecle av. J.-C., l'ordre corinthien devint dominant aux epoques hellenistique et romaine et constitue l'ordre le plus largement imite dans l'architecture occidentale ulterieure. Le Temple de Zeus Olympien a Athenes (commence au VIe siecle av. J.-C., acheve sous l'empereur romain Hadrien en 131 apr. J.-C.) est le plus grand temple corinthien de Grece.

Le Parthenon : le temple le plus celebre

Le Parthenon, le temple d'Athena Parthenos ("Athena la Vierge") sur l'Acropole d'Athenes, est l'edifice le plus celebre de la Grece antique et l'une des structures les plus influentes de l'histoire de l'architecture occidentale. Construit entre 447 et 432 av. J.-C. sous la direction du sculpteur Phidias et des architectes Ictinos et Callicrates, a l'epoque de Pericles, le Parthenon etait l'expression de la confiance imperiale d'Athenes a l'apogee de sa puissance.

Le temple abritait une statue colossale en or et ivoire (chryselephantine) d'Athena par Phidias, d'environ 12 metres de haut, revetue d'or veritable pour les robes de la deesse et d'ivoire sculpte pour sa chair. La statue n'existe plus, mais les descriptions antiques transmettent son echelle et sa splendeur ecrasantes.

Le Parthenon est celebre pour ses raffinements optiques, des courbes et ajustements subtils integres dans la structure pour contrecarrer les illusions visuelles et donner l'impression d'une rectitude parfaite. Les colonnes s'inclinent legerement vers l'interieur, le sol se courbe legerement vers le haut au centre, et les colonnes sont legerement plus larges en leur milieu (entasis). Ces corrections signifient que pratiquement aucune ligne du Parthenon n'est parfaitement droite, et pourtant le batiment semble l'etre.

Le programme sculptural du Parthenon, ses metopes, sa frise et les sculptures de ses frontons, compte parmi les plus grandes realisations survivantes de l'art antique. Les marbres d'Elgin (sculptures du Parthenon aujourd'hui au British Museum) representent une part majeure de ce programme et restent l'objet d'un debat permanent sur leur restitution a la Grece.

Le Temple de Zeus a Olympie

Le Temple de Zeus a Olympie (v. 470-457 av. J.-C.) etait, dans le monde antique, considere comme l'un des edifices les plus magnifiques jamais construits, et son interieur abritait l'une des Sept Merveilles du monde antique : la statue chryselephantine colossale de Zeus par Phidias, d'environ 12 a 13 metres de haut, representant le roi des dieux trone en or et ivoire.

Le voyageur et geographe antique Strabon rapportait que la statue etait si grande que si Zeus se levait, il percerait le toit. Le general romain Paul-Emile, qui visita le temple en 167 av. J.-C., fut, dit-on, emu aux larmes par la majeste de la statue. Celle-ci fut finalement transportee a Constantinople au Ve siecle apr. J.-C., ou elle fut detruite par un incendie.

Le temple fut construit dans le style dorique severe en calcaire plutot qu'en marbre (plus tard enduit de stuc blanc), le marbre etant reserve aux tuiles du toit et au programme sculptural. Ses sculptures de frontons, representant les preparatifs de la course de chars de Pelops et Oenomaos et le combat des Lapithes et des Centaures, sont des chefs-d'oeuvre du style classique primitif et subsistent en fragments significatifs au Musee d'Olympie.

Aujourd'hui, le temple est en ruine, detruit par des tremblements de terre au VIe siecle apr. J.-C., mais ses 16 tambours de colonnes gisant la ou ils sont tombes donnent une impression saisissante de son echelle originale. Les colonnes massives effondrees d'Olympie comptent parmi les spectacles les plus evocateurs de toute la Grece.

Le Temple d'Apollon a Delphes

Le sanctuaire d'Apollon a Delphes, sur les pentes du mont Parnasse, n'etait pas seulement un temple mais le site oraculaire le plus important du monde antique. L'oracle de Delphes, la Pythie, une pretresse qui delivrait les reponses prophetiques d'Apollon dans un etat d'extase, etait consulte par des individus, des cites-Etats et des dirigeants de tout le monde mediterraneen avant toute decision importante : entrer en guerre, fonder une colonie, conclure un traite ou comprendre une crise personnelle.

Le temple qui se dressait a l'epoque classique etait le troisieme sur le site (les deux premiers furent detruits, l'un par un incendie en 548 av. J.-C., l'autre par un tremblement de terre en 373 av. J.-C.). Le temple classique (reconstruit entre 370 et 329 av. J.-C.) portait les celebres inscriptions sur son pronaos (vestibule) : "Connais-toi toi-meme" (gnothi seauton) et "Rien de trop" (meden agan), des maximes attribuees aux Sept Sages de la Grece qui incarnaient l'ideal apollinien de connaissance de soi et de moderation.

Le sanctuaire contenait egalement l'omphalos, une pierre censee marquer le nombril du monde, le centre de la terre tel que Zeus l'avait determine en envoyant deux aigles depuis les extremites opposees du monde et en marquant l'endroit ou ils se rencontrerent. Le complexe du sanctuaire comprenait un theatre, un stade, des batiments du tresor de differentes cites-Etats et la celebre Voie Sacree bordee d'offrandes votives.

Construction des temples et paysage sacre

Les temples grecs n'etaient pas construits de maniere isolee mais etaient inseres dans des paysages sacres, des sanctuaires (temene) pouvant comprendre des autels, des tresors, des stoas (promenades couvertes), des fontaines, des espaces theatraux et des installations athletiques, le tout organise autour du temple comme point focal.

L'implantation des temples etait soigneusement choisie. Les grands temples etaient frequemment places sur des terrains eleves, collines, promontoires, falaises, qui les rendaient visibles de loin et exprimaient la puissance divine par la hauteur. Le Parthenon sur l'Acropole, le Temple de Poseidon au cap Sounion (visible des navires en haute mer) et le Temple d'Hera a Paestum (majestueusement situe sur une plaine cotiere) illustrent tous la sensibilite des Grecs au rapport entre architecture sacree et cadre naturel.

La construction d'un temple etait une entreprise civique considerable. La construction du Parthenon dura quinze ans et impliqua l'extraction et le transport de dizaines de milliers de tonnes de marbre pentelique depuis les carrieres du mont Pentelique, a plus de quinze kilometres de distance. Le chantier employa des tailleurs de pierre, des sculpteurs, des peintres, des charpentiers et des administrateurs, et sa depense representait une part significative du tresor d'Athenes, suscitant la controverse des l'Antiquite.

Les temples etaient a l'origine peints de couleurs vives, un fait qui surprend systematiquement les visiteurs modernes qui supposent que les Grecs anciens preferaient le marbre blanc que nous voyons aujourd'hui. Les traces de peinture analysees montrent que les sculptures du Parthenon etaient colorees en rouge, bleu, vert et jaune, avec des motifs peints detailles sur les elements architecturaux. L'esthetique austere du marbre blanc est une projection moderne sur une realite antique bien plus coloree.

Temples survivants et leur heritage moderne

Les temples grecs subsistent dans des etats de conservation varies a travers le monde mediterraneen. Les exemples les mieux preserves se trouvent souvent en dehors de la Grece proprement dite : les temples de Paestum dans le sud de l'Italie (anciennement Poseidonia, une colonie grecque), en particulier le Temple d'Hera (v. 550 av. J.-C.) et le Temple de Neptune (v. 450 av. J.-C.), comptent parmi les temples doriques les plus complets existants. Le Temple de la Concorde a Agrigente en Sicile, datant egalement du Ve siecle av. J.-C., subsiste en grande partie intact car il fut converti en eglise chretienne au VIe siecle apr. J.-C.

A Athenes, le Temple d'Hephaistos (l'Hephaisteion, v. 450-415 av. J.-C.) surplombant l'agora est le temple le mieux conserve de Grece continentale : son toit, ses colonnes et une grande partie de son entablement subsistent. Lui aussi survécut grace a sa conversion en eglise chretienne.

L'heritage de l'architecture des temples grecs dans le monde moderne est omnipresent. Le mouvement neoclassique des XVIIIe et XIXe siecles s'inspira directement des formes des temples grecs (et romains) pour les batiments publics : la Cour supreme des Etats-Unis, le British Museum, le Pantheon a Paris, l'Altes Museum a Berlin et d'innombrables autres edifices sont tous des descendants de la tradition du temple grec. Lorsqu'une democratie moderne construit son tribunal sous la forme d'un temple grec, elle fait une declaration, consciente ou non, sur les valeurs auxquelles elle souhaite s'associer : la raison, l'ordre, la beaute et l'autorite de quelque chose de plus ancien et de plus grand que n'importe quel moment politique individuel.

Questions fréquemment posées

Quelle etait la fonction d'un temple grec ?
Un temple grec etait avant tout la demeure d'un dieu, un edifice qui abritait la statue de culte de la divinite et servait de residence terrestre au dieu. Le culte religieux se deroulait a l'exterieur du temple, a l'autel situe devant son entree orientale, ou l'on offrait sacrifices et prieres. Le temple servait egalement de tresor, conservant les offrandes precieuses, les objets sacres et parfois la richesse civique sous protection divine.
Quels sont les trois ordres de l'architecture grecque ?
Les trois ordres architecturaux grecs sont le dorique (le plus ancien et le plus austere, caracterise par des chapiteaux simples et des colonnes robustes, utilise pour le Parthenon), l'ionique (plus elance et elegant, avec des chapiteaux a volutes, utilise pour l'Erechtheion) et le corinthien (le plus elabore, avec des chapiteaux ornes de feuilles d'acanthe, dominant aux epoques hellenistique et romaine). Chaque ordre regissait les proportions et les details decoratifs de l'ensemble du batiment.
Que contenait le Parthenon ?
L'interieur du Parthenon abritait une statue colossale en or et ivoire d'Athena par le sculpteur Phidias, d'environ 12 metres de haut. La statue etait revetue d'or veritable pour les robes de la deesse et d'ivoire sculpte pour sa chair et son visage. Le Parthenon servait egalement de tresor d'Athenes. La statue n'existe plus, mais les descriptions antiques et une copie romaine (l'Athena Varvakeion) donnent une idee de son apparence.
Pourquoi les temples grecs sont-ils blancs ?
Ils ne l'etaient pas, du moins pas a l'origine. C'est l'une des idees recues les plus repandues sur la Grece antique. Les temples grecs etaient a l'origine peints de couleurs vives : des rouges, des bleus, des verts et des jaunes ornaient les sculptures et les elements architecturaux. L'apparence de marbre blanc que nous associons aux temples grecs aujourd'hui est le resultat de deux millenaires et demi d'intemperies et de perte de peinture. L'analyse des traces subsistantes confirme la polychromie originale.
Quel est le temple grec le mieux conserve ?
Le Temple d'Hephaistos (Hephaisteion) a Athenes, construit vers 450-415 av. J.-C., est generalement considere comme le temple grec le mieux conserve de Grece continentale : son toit, ses colonnes et une grande partie de son entablement subsistent. Parmi tous les temples du monde grec au sens large, le Temple de la Concorde a Agrigente en Sicile (Ve siecle av. J.-C.) est egalement exceptionnellement bien conserve, ayant survecu grace a sa conversion en eglise chretienne au VIe siecle apr. J.-C.

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